Rosalind Franklin : la scientifique géniale qui a changé l’histoire de l’ADN

Résumé

En 1953, la découverte de la double hélice de l’ADN changeait le cours de la science. Derrière cette avancée majeure, une femme a joué un rôle clé : Rosalind Franklin. Grâce à son expertise en rayons X et à la célèbre Photo 51, elle a permis cette découverte révolutionnaire, avant d’être oubliée par l’Histoire.

Retour sur le destin exceptionnel d’une scientifique dont le travail a transformé la médecine et la génétique.

Rosalind FRANKLIN au travail
Source : Wikimédia.org

Portrait de Rosalind FRANKLIN
Source : Reddit

Comprendre l’ADN, et en particulier sa structure en double hélice, a bouleversé notre manière de voir et penser la vie, qu’il s’agisse de l’être humain, des plantes ou des animaux. Cette découverte a révolutionné la médecine, la génétique, l’agriculture et les biotechnologies. Au cœur de cette avancée majeure se trouve le travail rigoureux et déterminant de Rosalind Franklin. Chimiste et spécialiste des rayons X, elle a joué un rôle décisif dans la découverte de la structure de l’ADN.

Une jeunesse studieuse dans un monde en guerre

Née à Londres en 1920, Rosalind Franklin montre très tôt ses capacités intellectuelles remarquables. Elle est scolarisée dans des écoles privées exigeantes, avant d’intégrer Newnham College, l’un des rares collèges pour femmes à l’université de Cambridge. 

Elle poursuit ses études pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte extrêmement difficile. Tandis que Londres est bombardée durant le Blitz, Franklin continue à étudier malgré les alertes aériennes, le rationnement et l’insécurité permanente. Sa famille l’encourage à quitter Cambridge, mais elle refuse. En parallèle, elle s’engage comme volontaire lors des raids aériens et suit de près l’actualité internationale, échangeant sur la politique étrangère dans ses lettres. Sa formation scientifique se construit donc au cœur d’un monde en crise.

En 1941, elle obtient son diplôme, puis accepte en 1942 un poste à la British Coal Utilisation Research Association.  de ressources énergétiques stratégiques pour les Alliés.Elle y étudie la structure du charbon et du carbone, des matériaux essentiels à l’effort de guerre. Ses travaux contribuent à améliorer l’utilisation.

Après la guerre, Rosalind Franklin part à Paris pour mener des recherches au Laboratoire central des services chimiques de l’État. C’est là qu’elle se spécialise en cristallographie aux rayons X, une technique permettant de révéler la structure des matériaux à l’échelle atomique. Ses recherches sur le charbon et le graphite sont déterminantes. Elles permettent de mieux comprendre les différentes formes du carbone et ouvrent la voie à des applications industrielles, notamment dans le développement de matériaux résistants à la chaleur. À seulement 30 ans, Rosalind Franklin bénéficie d’une reconnaissance internationale en tant qu’experte, confirmée par un vaste ensemble de publications scientifiques.

Puis, en 1950, Franklin obtient une bourse de recherche de trois ans au King’s College de Londres. Son projet initial porte sur les protéines, mais très rapidement, sa mission change. L’université lui demande d’appliquer son expertise en rayons X à un problème encore non résolu: la structure de l’ADN.

Photo 51 : voir l’ADN pour la première fois

Pendant plusieurs mois, Rosalind Franklin travaille avec le doctorant Raymond Gosling pour mettre au point un appareil capable de produire des images fiables de l’ADN. En mai 1952, elle réalise une expérience décisive: une minuscule fibre d’ADN, aussi fine qu’un cheveu, est exposée pendant 100 heures à des rayons X, dans des conditions parfaitement contrôlées.

Le résultat est spectaculaire. Le motif obtenu sur la plaque photographique, connu sous le nom de Photo 51, montre clairement une structure en spirale. Grâce à des calculs précis, Franklin comprend que l’ADN a une forme hélicoïdale, essentielle pour expliquer comment l’information génétique est transmise.

(Image : extrait du carnet de Rosalind Franklin, preuve de sa découverte.)La photo ci-dessous montre une partie de son carnet où l’on peut lire (en anglais): « Une structure à trois chaînes implique une torsion [donc] une HÉLICE ! » Le moment où Franklin a noté pour la première fois sa découverte révolutionnaire.

La célèbre Photo 51
Source : Wikimedia.org

Extrait du carnet de Rosalind Franklin, preuve de sa découverte
Source : substackcdn.com

La photo ci-dessous montre une partie de son carnet où l’on peut lire (en anglais): « Une structure à trois chaînes implique une torsion [donc] une HÉLICE ! » Le moment où Franklin a noté pour la première fois sa découverte révolutionnaire.

Une contribution longtemps ignorée

Cependant, sans son accord, certaines de ses données, notamment la célèbre Photo 51, sont transmises à James Watson et Francis Crick à Cambridge. En 1962, Watson, Crick et Maurice Wilkins reçoivent le prix Nobel pour la découverte de la structure de l’ADN. Rosalind Franklin, décédée en 1958 à l’âge de 37 ans, n’est pas récompensée. Pendant longtemps, son rôle est minimisé, voire effacé.

Dans le récit dominant, Franklin est présentée comme une scientifique brillante mais incapable d’interpréter ses propres résultats: elle aurait conservé la Photo 51 pendant des mois sans en saisir l’importance, là où Watson en aurait immédiatement compris la portée.

Ce récit est aujourd’hui largement remis en cause. L’analyse d’archives, de correspondances et de rapports internes montre que Rosalind Franklin avait déjà identifié plusieurs caractéristiques fondamentales de l’ADN, notamment la structure hélicoïdale, la répétition de 34 Å et la position externe des groupements phosphates. Un rapport de 1952, décrivant avec précision ces éléments, est communiqué à Watson et Crick sans son consentement et joue un rôle décisif dans l’élaboration finale du modèle de la double hélice.

La mise à l’écart de sa contribution s’explique en partie par un contexte scientifique sexiste, dans lequel son autorité était contestée et sa rigueur interprétée comme de l’intransigeance personnelle. Ce n’est qu’à partir des années 1970, grâce à une relecture critique de l’histoire des sciences et à la publication de travaux biographiques, que son rôle central est progressivement reconnu.

Aujourd’hui, l’étude de ses carnets, de ses publications et de sa correspondance montre clairement que sans les données produites par Rosalind Franklin, la découverte de la structure de l’ADN n’aurait probablement ni eu lieu à ce moment-là, ni pris la forme que l’on connaît.

Une carrière brillante jusqu’à la fin

Après King’s College, Franklin poursuit une carrière remarquable au Birkbeck College. Elle se consacre à l’étude des virus, notamment le virus de la mosaïque du tabac et le virus de la poliomyélite. Ses travaux posent les bases de la biologie structurale moderne et contribuent à une meilleure compréhension des infections virales, avec des retombées importantes pour la santé publique.

Un héritage mondial

L’impact du travail de Rosalind Franklin est immense. La découverte de la structure de l’ADN est à l’origine de la génétique moderne, du séquençage du génome humain, des tests génétiques et des thérapies ciblées contre le cancer. En médecine, elle a transformé le dépistage, le diagnostic et le traitement de nombreuses maladies. Son influence s’étend aussi à l’agriculture, permettant le développement de cultures plus résistantes et durables, et à la recherche environnementale.

Rosalind Franklin n’a pas seulement contribué à une découverte majeure. Elle a changé notre compréhension de la vie elle-même.

Sans son travail, l’ADN resterait un mystère pour la science.

Sources

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