Les Figures de l’ombre : Quand la conquête spatiale rencontre la lutte pour l’égalité…

Résumé

Derrière les grands noms de la course à l’espace se cachent des héroïnes méconnues. « Les Figures de l’ombre » (2016) révèle comment trois femmes noires de la NASA – Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson – ont brisé les barrières du racisme et du sexisme pour façonner l’histoire scientifique. Leur parcours, popularisé par le cinéma, reste une source d’inspiration pour repenser la place des femmes et des minorités dans les sciences.

Affiche du Film “Les Figures de l’Ombre”
Source : https://image.tmdb.org/

La science comme acte de résistance

Les étoiles n’appartiennent pas qu’à ceux qui les observent à travers un télescope, mais aussi à celles et ceux qui osent les atteindre malgré les barrières.

Les années 1960 ont été marquées par d’importantes questions scientifiques et sociales. D’un côté, la « course à l’espace », dans laquelle les États-Unis et la Russie se disputaient les avancées technologiques pour l’exploration spatiale, de l’autre, la société américaine vivait sous le joug d’une forte ségrégation raciale.

Dans ce contexte, trois femmes noires ont défié les barrières des préjugés et ont laissé une empreinte profonde dans l’histoire de la science mondiale. Elles s’appelaient Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Toutes trois ont travaillé à la NASA, contribuant au succès des missions spatiales et devenant des symboles de résistance et de représentativité.

1. Trois femmes, trois destins scientifiques exceptionnels

Katherine Johnson : La mathématicienne qui a calculé la trajectoire vers la Lune

Katherine Johnson, née en 1918 en Virginie, s’est distinguée très tôt en mathématiques.

Elle a obtenu son diplôme à 18 ans et, en 1953, elle a rejoint la NACA, qui allait devenir la NASA.

Elle a effectué des calculs essentiels pour les missions spatiales, vérifié manuellement la trajectoire de John Glenn et contribué à Apollo 11, qui a emmené l’homme sur la Lune.

Katherine JOHNSON
Source : https://sciencesforgirls.com

Dorothy Vaughan : La pionnière de l’informatique

Dorothy Vaughan, née en 1910 dans le Missouri, a travaillé comme enseignante avant de rejoindre la NACA en 1943 en tant que « calculatrice humaine ».

Elle est devenue la première superviseure noire de la NASA, dirigeant la section informatique et enseignant la programmation en Fortran à ses collègues, s’assurant ainsi qu’elles restent compétentes à l’ère des ordinateurs.

Dorothy VAUGHAN
Source : https://sciencesforgirls.com

Mary Jackson : L’ingénieure qui a forcé les portes de l’éducation

Mary Jackson, née en 1921 à Hampton, en Virginie, a obtenu un diplôme en mathématiques et en physique, et est devenue la première ingénieure aérospatiale noire de la NASA après avoir obtenu l’autorisation judiciaire d’étudier dans une école ségréguée.

Elle a œuvré pour promouvoir l’égalité au sein de l’agence et encourager les femmes et les minorités.

Mary JACKSON
Source : https://sciencesforgirls.com

2. « Les Figures de l’ombre » : Un film qui réécrit l’Histoire

Image du film “Les figures de l’ombre”
Source : Le Mag du Ciné

La reconnaissance de ces femmes par le grand public est venue beaucoup plus tard, mais de manière spectaculaire grâce au cinéma. Les histoires de ces femmes, racontées dans le film « Les figures de l’ombre » (2016), révèlent leur importance scientifique et sociale. Elles illustrent concrètement le concept d’intersectionnalité qui traite de la lutte contre les oppressions simultanées liées au genre, à la race et à la classe sociale (Crenshaw, 1989 ; Hill Collins, 1990). D’autres, comme la penseuse féministe bell hooks, estiment que le féminisme doit lutter contre toutes les formes de domination, en valorisant les expériences des femmes noires souvent invisibilisées par ces oppressions (Hooks, 2000). Angela Davis, philosophe américaine, complète cette réflexion en montrant comment le travail des femmes noires a été historiquement dévalorisé, alors même qu’il est essentiel au progrès social (Davis, 1981).

Les histoires de Katherine, Dorothy et Mary transcendent le récit de la conquête spatiale : elles représentent une révolution silencieuse, guidée par la science, la persévérance et la recherche de l’égalité. Leur héritage est technique, social et profondément politique, montrant que l’occupation des espaces de pouvoir et de connaissance est une forme de résistance et de transformation collective dans une perspective intersectionnelle.


Comment ces histoires peuvent-elles inciter les jeunes élèves, en particulier les filles, à s’intéresser à la culture scientifique ? Et comment parents, enseignants et éducateurs peuvent-ils s’en inspirer pour éveiller la curiosité scientifique ?

Le film Les Figures de l’ombre n’est pas seulement un récit sur la conquête spatiale : c’est une histoire de courage, d’intelligence et de persévérance. En suivant les parcours de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, on découvre que la science n’est pas réservée à quelques privilégiés. Elle est faite d’efforts, d’audace, de collaboration et de passion. Ces trois femmes ont dû lutter contre les préjugés raciaux et sexistes de leur époque, mais elles ont prouvé qu’aucune barrière ne peut empêcher la connaissance d’avancer quand la volonté est là.

« Saviez-vous que les calculs de Katherine Johnson ont été si précis qu’astronaute John Glenn a exigé qu’elle vérifie ceux de l’ordinateur avant son vol ? Une preuve que l’expertise humaine reste irremplaçable. »

3. L’héritage des « Figures de l’ombre » : ce que le film transmet aux jeunes

Regarder ce film, c’est comprendre que les scientifiques ne sont pas des figures lointaines, mais des personnes qui doutent, essaient, se trompent, puis recommencent. C’est aussi voir que les femmes ont toujours eu un rôle essentiel dans les découvertes, même si leur contribution a souvent été invisibilisée. Pour de nombreuses jeunes filles, ces histoires montrent qu’il est possible d’aimer les mathématiques, la physique ou la technologie, et d’y trouver un espace où exprimer sa créativité et sa curiosité.

Après le film, chacun peut prolonger la réflexion à sa manière. Les jeunes spectateurs peuvent noter ce qui les a le plus touchés : une scène, une phrase, un personnage. Ce « journal d’inspiration » aide à mettre des mots sur ce qu’on ressent et à comprendre ce qui nous attire dans la science. Il permet aussi de se poser des questions : qu’est-ce qui m’a impressionné·e ? Qu’est-ce que j’aimerais apprendre ou découvrir à mon tour ? Ces réflexions peuvent être le point de départ d’une vocation, ou simplement d’un regard plus curieux sur le monde.

Parents et enseignants peuvent accompagner ce moment en encourageant la discussion : que nous apprend le film sur le travail en équipe, sur la persévérance, sur la justice ? Quelles autres femmes scientifiques mériteraient d’être mieux connues ? Chercher ensemble leurs histoires, en faire des affiches ou des présentations, c’est une belle façon de montrer que la science appartient à tout le monde et qu’elle se nourrit de diversité.

« Connaissiez-vous ces trois scientifiques avant ce film ? Quelles autres figures méconnues de l’histoire des sciences devrions-nous mettre en lumière ?

Partagez vos découvertes avec le hashtag #ScienceInvisible

Ressources et références :

Livres

  • « Black Feminist Thought » – Patricia Hill Collins (2000).
  • « Women, Race, and Class » – Angela Davis (1981).

Films et documentaires

  • « Hidden Figures » (2016).
  • « Picture a Scientist » (2020) – sur les femmes en STEM.

Sites et initiatives

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