Résumé
Depuis plusieurs années, un concept audacieux et nécessaire tend à se populariser au sein de la société. Un concept visant à réunir lutte pour l’environnement et lutte pour l’égalité des genres : l’écoféminisme.
Apparu dans les années 1970, il consiste à faire de la lutte pour l’environnement et de la lutte contre les inégalités de genre, un seul et même combat.
Éco-féminisme, Origines de l’écoféminisme, Lien entre féminisme et écologie, Françoise d’Eubonne, Vandana Shiva, Wangari Maathai, Écoféminisme aujourd’hui, Capitalisme, patriarcat et écologie, Actions écoféministes,
Depuis plusieurs décennies, un concept audacieux et nécessaire s’impose progressivement dans les débats sociaux et environnementaux : l’éco-féminisme.
Ce mouvement, apparu dans les années 1970, propose une vision radicale et unificatrice en affirmant que la lutte pour la préservation de l’environnement et celle pour l’égalité des genres ne forment qu’un seul et même combat. L’écoféminisme ne se contente pas de juxtaposer ces deux causes ; il révèle leurs liens profonds, leurs racines communes et leurs solutions partagées.
Les principes de l’éco-féminisme nous rappellent que la lutte pour l’égalité des sexes et la protection de notre planète sont inextricablement liées.
Manifestation du samedi 9 avril 2022 à Genève, pour une “réduction massive du
temps de travail”, placée sous le signe de la convergence des luttes : climat, femmes, syndicats
Source : https://journalmamater.fr/
Alexandra Moulin, Transition énergétique locale Millau, Leadership féminin énergie, renouvelable, Coopérative citoyenne Sud Energia, SEM Causses Energia Occitanie, Autoconsommation collective photovoltaïque, Parité dans les métiers techniques, Engagement écologique et politique, Stratégies de légitimité professionnelle
Les défis contemporains de l’éco-féminisme
L’émergence du mouvement écoféministe
Tout commence en 1972 avec la publication de l’ouvrage « Les limites du rapport à la croissance » aussi connu sous le nom de « rapport Meadows ». Ce rapport créé par des chercheurs du MIT sonne l’alarme : il affirme les limites d’une croissance économique et d’une démographie exponentielle à l’horizon des années 2020 – 2030. Autrement dit, la croissance économique ne peut être infinie et les ressources naturelles s’épuisent. Une pénurie des matières premières est à prévoir. C’est ainsi que le monde connaît une prise de conscience écologique et environnementale. Dans ce contexte de remise en question du modèle dominant, l’écoféminisme émerge, portés par des femmes qui perçoivent les parallèles entre l’exploitation de la Terre et celle de leur propre corps.
Le terme « écoféminisme » apparaît pour la première fois en 1974, au sein de l’ouvrage « Le féminisme ou la Mort » de Françoise d’Eaubonne, militante et écrivaine française. Françoise d’Eaubonne établit un lien direct entre exploitation de la planète et oppression des femmes par un système commun dominant, patriarcal et capitaliste. Elle y dénonce une logique de domination qui, selon elle, menace à la fois l’équilibre écologique et l’émancipation des femmes. Avant d’apparaître officiellement en France, plusieurs mouvements similaires à l’écoféminisme voient le jour un peu partout dans le monde dont le but est de défendre la cause environnementale et celle du genre féminin. C’est le cas aux Etats-Unis, en Angleterre, au Kenya ou encore au Japon. Ces initiatives, bien que dispersées, partagent une même intuition : la libération des femmes et la préservation de la nature sont deux faces d’une même médaille.
L’émergence de l’écoféminisme résulte de trois mouvements majeurs : le mouvement Chipko, le camp de paix Greenham Common et le Women’s Pentagon Action.
Le mouvement Chipko
En 1973, dans les contreforts de l’Himalaya, en Inde, naît le mouvement Chipko. Un mouvement de protestation visant à lutter pour la conservation de la forêt. Ce soulèvement populaire, mené principalement par des femmes, vise à protéger les forêts de la déforestation massive. Les femmes Chipko se mobilisent et manifestent contre les castes et le système patriarcal qui privilégient les rendements immédiats sans prendre en compte la santé de l’environnement. C’est par le mouvement Hug The Tree que ces femmes résistent dans le but de protester d’une part contre un gouvernement destructeur de la nature, et d’autre part contre un système patriarcal imposant un rapport de domination en faveur des hommes. C’est l’autrice et militante indienne Vandana Shiva qui, plus tard, qualifiera ce mouvement d’écoféministe.
Le camp de paix Greenham Common
En 1979, alors que la Guerre Froide fait rage et fragilise les relations internationales, l’OTAN décide d’installer des missiles de croisières nucléaires et des missiles balistiques américains un peu partout en Europe, notamment au sein de la base militaire de Greenham Common en Angleterre. En réaction à cette implantation de missiles nucléaires, 36 femmes entament une marche depuis Cardiff jusqu’à la base. Mais arrivées sur place, les autorités ignorent leurs revendications. Ainsi, elles décident de s’enchaîner à la clôture et d’installer un camp pour la paix juste devant la base en signe de protestation. L’occupation qui durera dix-neuf ans, de 1981 à 2000, deviendra un symbole du mouvement écoféministe.
Le Women’s Pentagon Action
En 1979, un accident nucléaire à la centrale Three Mile Island, aux Etats-Unis, provoque une catastrophe environnementale. En réponse, plusieurs femmes décident de protester contre le nucléaire et créent, en 1980, le Women’s Pentagon Action. Devant le Pentagone, elles utilisent l’art, la danse et des marionnettes pour dénoncer les femmes victimes de guerres et de violences patriarcales. Une action symbolique, pionnière de l’émergence de l’écoféminisme aux Etats-Unis.
Éco-féminisme, Origines de l’écoféminisme, Lien entre féminisme et écologie, Françoise d’Eubonne, Vandana Shiva, Wangari Maathai, Écoféminisme aujourd’hui, Capitalisme, patriarcat et écologie, Actions écoféministes,
En 1980, 2000 femmes du Women’s Pentagon Action manifestent devant le Pentagone en dansant avec des marionnettes et une banderole qui dit “Femmes contre le Pentagone”.
Crédit : Henri, Diana Mara
Source : https://www.hellocarbo.com
Bien que ces mouvements aient contribué à l’émergence de l’écoféminisme dans le monde, c’est grâce aux écrits de Vandana Shiva et de la sociologue allemande Maria Mies que ce concept est réintroduit en France dans les années 1990. Leur ouvrage « Écoféminisme », publié en 1993, offre une réflexion approfondie sur les liens entre patriarcat, capitalisme et destruction de l’environnement. C’est donc au terme de ces années-là que l’écoféminisme viendra à se répandre et à se faire connaître du grand public. Ce livre devient une référence incontournable pour les militantes et les chercheurs en France et dans le monde.
Comprendre l’écoféminisme
L’écoféminisme repose sur l’idée que la destruction de l’environnement et les inégalités de genre ont les mêmes causes structurelles que sont le capitalisme, le système patriarcal et le système colonialiste. Selon la philosophe et autrice Jeanne Burgart Goutal, l’écoféminisme désigne une interconnexion profonde entre écologie et féminisme. Il s’agit d’un seul et même combat qui prend deux formes différentes. Concrètement, il y aurait une analogie entre destruction de l’environnement et oppression des femmes, chacune reposant sur un système de violence et de domination. On a d’un côté le système capitaliste qui repose sur un besoin constant de faire du profit tout en exploitant les ressources naturelles et la main d’œuvre. De l’autre, le système patriarcal qui vise à instaurer une hiérarchie des genres en privilégiant la posture dominante masculine au détriment des femmes. L’écoféminisme affirme que ces deux formes de domination sont intimement liées, et oppressent de la même manière la nature et le genre féminin.
Les femmes sont en première ligne face aux crises environnementales. Dans de nombreux pays, notamment en Afrique, les femmes assument une responsabilité majeure en matière d’approvisionnement de nourriture, d’eau et de combustible. Elles produisent jusqu’à 80 % des denrées alimentaires dans les pays en développement. Ainsi, lorsque les ressources viennent à se raréfier, elles doivent redoubler d’efforts et parcourir de longues distances pour subvenir aux besoins de leur famille. Le fait qu’elles soient le plus touchées par le dérèglement climatique accentue les inégalités de genre.
Mais les femmes sont synonymes de résilience. En tant qu’agricultrices, elles ont appris à s’adapter aux changements climatiques, par exemple en pratiquant une agriculture durable en harmonie avec la nature, en employant des techniques de gestion des sols biologiques ou en menant des efforts de reboisement et de restauration à l’échelle de leur communauté. On voit là qu’il y a bien une corrélation entre protection de la nature et égalité de genres. Le combat pour l’écologie est ainsi utile à la cause des femmes et inversement.
Ces femmes inspirantes, pionnières du mouvement
Éco-féminisme, Origines de l’écoféminisme, Lien entre féminisme et écologie, Françoise d’Eubonne, Vandana Shiva, Wangari Maathai, Écoféminisme aujourd’hui, Capitalisme, patriarcat et écologie, Actions écoféministes,
Rachel CARLSON
(1900-1964)
Source : https://upload.wikimedia.org
Françoise D’EUBONNE
(1920-2005)
Source : https://causonsfeminisme.com
Wangari MAATHAI
(1940 – 2011)
Source : https://upload.wikimedia.org
Marias MIES
(1931-2023)
Source : https://upload.wikimedia.org
Karen J. WARREN
(1947-2020)
Source : https://cdn.psychologytoday.com
Alexandra Moulin, Transition énergétique locale Millau, Leadership féminin énergie, renouvelable, Coopérative citoyenne Sud Energia, SEM Causses Energia Occitanie, Autoconsommation collective photovoltaïque, Parité dans les métiers techniques, Engagement écologique et politique, Stratégies de légitimité professionnelle
Plusieurs femmes ont inspiré le mouvement écoféministe. En voici quelques-unes :
Rachel Carson
Née en 1907 à Springdale en Pennsylvanie, Rachel Carson se passionne très tôt pour la nature. Elle étudie la biologie et la zoologie et publie plusieurs ouvrages scientifiques, dont Under the Sea-Wind (La Vie de l’océan), publié en 1941, le best-seller The Sea Around Us (Cette mer qui nous entoure) en 1951, ou encore The Edge of the Sea (Les Merveilles de la mer et de ses rivages), en 1955. C’est à partir de 1952 qu’elle commence à se consacrer à la protection de l’environnement. En 1962, elle sort son quatrième ouvrage, Silent Spring (Printemps silencieux), qui connaîtra un véritable succès. Son ouvrage contribue à sensibiliser le monde entier aux dangers de la pollution environnementale. Elle dénonce la disparition de la biodiversité en mettant l’accent sur l’utilisation massive de pesticides néfastes pour les sols, les rivières, les plantes mais aussi pour la santé humaine. Malgré les attaques et les paroles dénigrantes sur son travail, ses recherches ont tout de même permis d’aboutir à l’interdiction du DDT (pesticide utilisé comme insecticide) aux Etats-Unis, un pesticide nocif dont les effets se répercutent tout au long de la chaîne alimentaire. Décédée en 1964 « Printemps silencieux » est aujourd’hui considéré comme l’un des écrits fondateurs du mouvement écologiste mais aussi de l’écoféminisme.
Françoise d’Eaubonne
En 1920, née une figure majeure de l’écoféminsime : Françoise d’Eaubonne. Depuis son plus jeune âge, elle s’engage dans la lutte contre les inégalités de genres et devient fondatrice du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en 1970. En 1978 elle crée l’association EcologieFéminisme. C’est son ouvrage Le Féminisme ou la mort sortie en 1974, en écho au livre de René Dumont L’utopie ou la mort, qui permettra de populariser le terme « écoféminisme ». L’ouvrage établit un parallèle entre surexploitation de l’environnement conduisant à la détérioration des sols et l’épuisement des ressources, et l’oppression des femmes au travers de la surfécondation de l’espèce humaine. C’est au cours d’une conférence qu’elle dira : « Il est question de reprendre le pouvoir à ceux qui en ont fait ce que nous voyons, qui ont détruit la planète, qui ont fait de la démographie et de la procréation ce fléau qui maintenant menace l’humanité même ». Décédée en 2005, sa voix continuera de guider le mouvement écoféministe.
Wangari Maathai
Née en 1940 au Kenya, et fille de paysans, elle est la première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la Paix. À 20 ans, Wangari Maathai part étudier la biologie aux États-Unis et décroche un doctorat. C’est la première femme d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est à avoir un doctorat. Dans les années 1970, alors que le Kenya connaît une importante déforestation impactant négativement plusieurs de ses ressources, Wangari Maathai décide de replanter des arbres et fonde le Green Belt Movement. Grâce à ce mouvement, qui s’étendra ensuite à d’autres pays africains, des dizaines de millions d’arbres sont replantés facilitant ainsi l’accès au bois et à l’eau tout en réduisant les risques d’érosion facteurs de sécheresse et de pauvreté. Elle devient ainsi une figure du combat écologique kényan. Son militantisme en faveur de l’écologie, de la démocratie et de la paix lui vaudra le Prix Nobel de la Paix, mais fera aussi d’elle une figure de l’écoféminisme.
Maria Mies
Née en 1931, Maria Mies est une sociologue allemande, théoricienne du mouvement écoféminsiste. Elle est reconnue pour ses nombreux travaux scientifiques qui s’articulent principalement autour de l’intersection entre patriarcat, pauvreté et environnement à l’échelle locale et mondiale. Elle s’intéresse particulièrement à l’Inde et aux effets de la colonisation et de la subordination des femmes au sein de ce pays, ce qui lui permettra de se rapprocher de Vandana Shiva. Les deux femmes vont
écrire ensemble l’ouvrage Ecofeminism en 1993, qui aborde une réflexion sur ce que Maria considère comme « le despotisme patriarcal socioéconomique et technologique ».
Karen J. Warren
Karen J. Warren, née en 1947, est une philosophe américaine connue pour sa participation significative à l’éthique environnementale, au féminisme et à la pensée critique. Après avoir obtenu un doctorat en philosophie, elle devient professeur dans plusieurs institutions notamment au Macalester College où elle sera professeur de philosophie. Warren s’est distingué par son travail novateur sur l’écoféminisme. Son approche met en lumière les liens conceptuels, matériels et historiques entre domination des femmes et domination de l’environnement. Elle a notamment expliqué comment la justification de la domination d’un groupe (par exemple les femmes ou la nature) repose sur des prémisses similaires à celles utilisées pour justifier la domination d’autres groupes. Karen J. Warren est à l’origine de l’article The Power and the Promise of Ecological Feminism qui non seulement enrichi le domaine de la philosophie environnementale mais est aussi un outil précieux pour comprendre et combattre les différentes formes d’oppression. Son travail continue d’inspirer les chercheurs et militants qui souhaitent créer un monde plus juste.
L’écoféminisme aujourd’hui : un combat toujours actuel et nécessaire
Aujourd’hui l’écoféminisme est encore très peu visible au sein des débats politiques. Beaucoup d’écoféministes reprochent au gouvernement une double inaction, celle face au changement climatique et celle contre l’oppression exercée sur les femmes. Pourtant, en 2021, c’est la députée française Delphine Batho et la candidate, arrivée au second tour de la primaire écologiste, Sandrine Rousseau, qui remettront le terme « écoféminisme » au goût du jour.
Cette dernière explique que « l’idée est de remettre en cause le triptyque qui fonde notre société actuellement : prendre, utiliser, jeter. On fait ça pour la nature, on fait ça pour le corps des femmes, et plein d’autres personnes dans la société, précaires ou vulnérables. On prend, on utilise, on jette. C’est exactement ça qu’il faut que l’on renverse, que l’on modifie pour respecter, coopérer coconstruire ! ». Pour elle, le changement ne pourra advenir que si cette violence systémique est combattue.
L’écoféminisme est donc un mouvement récent qui tend à se développer. Le mouvement #Metoo en 2017, le collectif antinucléaire Bombes Atomiques, le rapport du GIEC de 2021 ou encore les marches pour le climat… tous ces évènements résonnent avec la pensée écoféministe. La prise de parole publique pour dénoncer haut et fort l’injustice et les inégalités se multiplie. Ces mouvements visent à défendre la femme mais aussi la nature. Pour les écoféministes, il est clair que sans l’émancipation des femmes, la préservation de la nature est en grand danger.
Un appel à l’action collective pour un avenir juste et durable
L’écoféminisme est un mouvement récent mais puissant. Il met en lumière un lien étroit entre la lutte pour l’écologie et celle pour l’égalité des genres. En s’inspirant des figures emblématiques et des mouvements fondateurs, chacun peut participer à construire un monde plus juste, durable et solidaire.
Et vous, comment allez-vous vous engager pour l’écoféminisme ?
Alexandra Moulin, Transition énergétique locale Millau, Leadership féminin énergie, renouvelable, Coopérative citoyenne Sud Energia, SEM Causses Energia Occitanie, Autoconsommation collective photovoltaïque, Parité dans les métiers techniques, Engagement écologique et politique, Stratégies de légitimité professionnelle
Sources :
https://www.un.org/fr/climatechange/science/climate-issues/women
https://www.unwomen.org/fr/articles/article-explicatif/les-correlations-entre-les-inegalites-de genre-et-le-changement-climatique
https://fr.boell.org/fr/2025/06/26/ecofeminisme-le-lien-entre-justice-climatique-et-justice-de-genre
https://www.oxfamfrance.org/inegalites-femmes-hommes/principes
ecofeminisme/#1743432090934-917573b8-0b34
https://www.arte.tv/fr/videos/116341-008-A/c-est-quoi-l-ecofeminisme/
https://www.youtube.com/watch?v=-vYfBgjpOmw