Résumé
Augusta Déjerine-Klumpke (1859–1927) est une neuroscientifique et médecin française d’origine américaine, reconnue pour ses contributions majeures à la neurologie et à la recherche sur les lésions nerveuses. Son nom reste associé à la paralysie de Klumpke, une affection qu’elle a décrite et qui porte aujourd’hui son nom. À une époque où les femmes étaient rarement admises dans le monde médical, Augusta Déjerine-Klumpke a su s’imposer par son expertise et son engagement pour la science. Son parcours exceptionnel en fait une figure inspirante de l’histoire de la médecine.
Augusta Déjerine-Klumpke jeune
Source : https://fusac.fr/
Biographie
Augusta Marie Klumpke naît le 15 octobre 1859 à San Francisco, aux États-Unis, dans une famille d’origine allemande. Son père, John Gerard Klumpke, est un homme d’affaires, et sa mère, Dorothea Mathilda Tolle, est une musicienne. Augusta est la deuxième d’une fratrie de cinq enfants, dont plusieurs se distingueront dans les domaines artistiques et scientifiques.
En 1871, la famille Klumpke s’installe en Suisse, puis en France, où Augusta poursuit ses études. Très tôt, elle manifeste un vif intérêt pour la médecine, une passion encouragée par son environnement familial. En 1877, elle commence ses études de médecine à l’Université de Paris, une institution alors largement dominée par les hommes.
Augusta Klumpke épouse en 1888 le célèbre neurologue Joseph Jules Déjerine, avec qui elle collaborera étroitement tout au long de sa carrière. Leur partenariat, à la fois professionnel et personnel, sera déterminant pour l’avancement de la neurologie en France et dans le monde.
Augusta Déjerine-Klumpke décède le 5 novembre 1927 à Paris, laissant derrière elle un héritage scientifique immense et une trace indélébile dans l’histoire de la médecine.
Augusta et sa sœur enfants…
Source : https://www.semanticscholar.org/
Anna Elizabeth KLUMPKE, sa mère…
Source : https://wikimedia.org
Vater John Gerard KLUMPKE, son père…
Source : https://wikimedia.org
Cursus en neurologie :
Augusta Déjerine-Klumpke suit un parcours académique rigoureux, marqué par une détermination sans faille. En 1877, elle s’inscrit à la Faculté de médecine de Paris, où elle est l’une des rares femmes étudiantes. Elle obtient son doctorat en médecine en 1889, avec une thèse intitulée « Contribution à l’étude des paralysies radiculaires du plexus brachial », un travail qui jettera les bases de ses futures recherches en neurologie.
Son parcours est jalonné de défis, notamment en raison des préjugés de l’époque envers les femmes dans les sciences. Malgré ces obstacles, elle se distingue par son excellence académique et sa capacité à mener des recherches innovantes. Elle devient interne des hôpitaux de Paris, une première pour une femme, et travaille notamment à l’Hôpital Bicêtre et à la Salpêtrière, deux institutions majeures pour l’étude des maladies nerveuses.
La Faculté de Médecine de Paris, en 1900
Source : https://paris1900.lartnouveau.com
Thèse de Doctorat en neurologie d’Augusta Déjerine-Klumpke
Source : https://archive.org
Collaborations en neurologie:
La carrière d’Augusta Déjerine-Klumpke est profondément marquée par sa collaboration avec son époux, Joseph Jules Déjerine. Ensemble, ils forment un duo scientifique exceptionnel, combinant leurs expertises pour faire avancer la compréhension des maladies neurologiques.
Leur travail conjoint aboutit à la publication de nombreux articles et ouvrages, dont « Anatomie des centres nerveux », un traité de référence en neurologie. Augusta apporte une contribution majeure à l’étude des lésions du plexus brachial, décrivant notamment la paralysie qui portera son nom : la paralysie de Klumpke.
En plus de son partenariat avec Déjerine, Augusta collabore avec d’autres figures éminentes de la médecine de son époque, comme Jean-Martin Charcot, un pionnier de la neurologie française. Ces échanges enrichissent ses recherches et renforcent sa réputation internationale.
Faire-part de mariage DÉJERINE-KLUMPKE
Source : https://www.semanticscholar.org
Le couple Dejerine examinant une coupe histologique de cerveau humain
Source : https://fr.wikipedia.org
Champs d’études en neurologie :
Augusta Déjerine-Klumpke consacre l’essentiel de ses recherches à l’étude des lésions nerveuses, en particulier celles affectant le plexus brachial. Ses travaux sur la paralysie de Klumpke, une affection résultant de lésions des racines nerveuses inférieures du plexus brachial, sont considérés comme fondateurs.
Elle s’intéresse également à l’anatomie pathologique et à la clinique des maladies nerveuses, contribuant à une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents aux paralysies et aux troubles moteurs. Ses recherches sont caractérisées par une approche rigoureuse, alliant observation clinique et analyse anatomique.
Page de titre du livre de neurologie “Anatomie des Centres Nerveux” publié en 1895, par Jules Déjerine et Augusta Déjerine-Klumpke
Source : https://gallica.bnf.fr
Neurologie : Dessin schématique des fibres projetées vers le cerveau
Source : https://onlinelibrary.wiley.com
Neurologie : Anatomie du Plexus Brachial
Source : https://www.kenhub.com
Page de garde de la Thèse de Madame Déjerine-Klumpke en neurologie, portant sur l’Anatomie et les Lésions du plexus brachial (295 pages)
Source : https://painepodcast.com/
Transmission :
Augusta Déjerine-Klumpke attache une grande importance à la transmission des connaissances. Elle enseigne à la Faculté de médecine de Paris et forme de nombreux étudiants, contribuant ainsi à l’émergence d’une nouvelle génération de neurologues.
Elle publie régulièrement dans des revues médicales et participe à des congrès internationaux, où elle partage les résultats de ses recherches. Son engagement pour l’éducation et la diffusion des savoirs scientifiques est un aspect central de son héritage.
L’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière ,dans les années 1900
Source : https://www.paris-unplugged.fr
Héritage pour la neurologie :
L’héritage d’Augusta Déjerine-Klumpke est immense. Ses travaux sur la paralysie de Klumpke restent une référence en neurologie et sont toujours enseignés dans les facultés de médecine. Elle a ouvert la voie à de nombreuses femmes dans le domaine médical, prouvant qu’il était possible de concilier excellence scientifique et engagement professionnel.
Son nom est associé à plusieurs distinctions et hommages, notamment au sein de la Société de neurologie de Paris, dont elle fut l’une des premières femmes membres. Augusta Déjerine-Klumpke incarne l’alliance entre la rigueur scientifique et la détermination, faisant d’elle une figure inspirante pour les générations futures.
Article compilé par Michel GRÉGOIRE – Relecture : Alizée CINQUIN
Sources
Pour approfondir la vie et l’œuvre d’Augusta Déjerine-Klumpke, plusieurs sources sont disponibles :
Joël, Constance. « Les Filles d’Esculape : les femmes à la conquête du pouvoir médical ». Paris : R. Laffont, 1988. 234 p. Magasin – [8-T-19417]. Joleaud-Barral. « …
Marie-Christine Pouchelle. Biographie. « Augusta Déjerine-Klumpke : Une vie pour la neurologie »,
Bogousslavsky, Julien. « La connexion suisse d’Augusta Déjerine-Klumpke : de San Francisco au lac Léman et de Paris au Thalgut » Archives suisses en neurologie et psychiatrie 162, no. 1 (2011) : 3 7 – 4 1.
Broussolle, E. avec J. Poirier, F. Clarc, J.-G. Barbara. « Histoire de la neurologie : figures et institutions des sciences neurologiques à Paris de 1800 à 1950. Troisième partie : Neurologie. » Revue Neurologique 168 (2012) : 301-320 (notamment pages 306-309 sur Vulpian et les Déjerine).
Creese, Mary RS avec Thomas M. Creese, Ladies in the Laboratory II: Western European Women in Science, 1800-1900, un aperçu de leurs contributions à la recherche. Lanham, Maryland et Oxford : The Scarecrow Press, 2004, pages 61-63.
Darcanne-Mouroux, Dr., Paris, France. « Histoire des femmes médecins françaises : lecture au congrès de l’Association des femmes médecins de Genève, Suisse, le 17 septembre 1922. » Medical Woman’s Journal : Organe officiel de l’Association des femmes médecins 29 (1922) : 238-240.
Dejerine-Klumpke, J. Dejerine avec la collaboration de Madame Klumpke Dejerine. Anatomie des centres nerveux. 2 vol. Paris : Rueff, 1895-1901.
Enersen., Ole Daniel. « Augusta Marie Dejerine-Klumpke.» Whonamedit ? – Un dictionnaire d’éponymes médicaux. 1994-2017. http://www.whonamedit.com/doctor.cfm/338.html (consulté le 16 février 2017).
Ces ressources permettent de mieux comprendre l’impact de ses travaux et son rôle dans l’histoire de la neurologie.